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dimanche 15 septembre 2013

Une carte postale du château

Lors de mes rencontres avec quelques rochecorbonnais, plusieurs fois il m'a été montré cette carte postale en me demandant s'il s'agissait bien de l'ancien château-fort de Rochecorbon, celui qui entourait jadis la Lanterne de Rochecorbon bien connue.

Carte postale éditée au début du XXème siècle.


Autant le dire de suite : et bien non, cette image est une pure vue de l'esprit de l'artiste. Et même plus précisément cette image est la composition, l'assemblage de deux gravures publiées en 1868.

Le livre dont sont extraites ces images est une réédition posthume d’œuvres de jeunesse d'Honoré de Balzac. Illustrée de gravures, cette édition comprenait en son deuxième tome quelques romans de sa production qu'il qualifiait lui-même de « petites opérations de littérature marchande » : Argow le pirate, Jane la pâle, L’Excommunié, le Centenaire, Dom Gigadas.
Dans L'Excommunié, écrit par Balzac sous le pseudonyme de Horace de Saint-Aubin, le chapitre II commence de la façon suivante :  « À trois milles environ de la ville de Tours, sur la levée d’Orléans, on remarque un énorme rocher creusé de telle façon qu'il offre une vague ressemblance avec le croissant de la lune ; sur le sommet de l'arc, à la partie la plus éloignée du centre, se dresse une tour sombre et haute, supportée par un fragment de muraille dont les fondations presque à jour, dépassent encore de plus d'un pied le rocher sur lesquelles elles sont assises. Cette tour, nommée la Lanterne de Rochecorbon, est le dernier vestige de l'un des plus anciens et des plus forts châteaux de la Touraine. ». Suit alors une amusante et intéressante description de ce que pouvait être à la période évoquée, au début du XVe siècle, la forteresse qui existait alors. À la lumière de ce que nous en savons aujourd'hui, cette description est pleinement fantaisiste.


Le château de Moncontour

Plus précisément, la description que l'on peut y découvrir est basée sur celle d'un autre château proche de celui de Rochecorbon, celui de Moncontour, à Vouvray.


Balzac présente en effet le château ainsi : « Quant à la partie principale du château habitée par le seigneur, elle était composée de deux tours rondes [...] séparées par un corps de logis percé d'étroites croisées... ». Il est établi que dans un premier temps Balzac voulait situer son action dans le château de Moncontour (le château dont il rêva en vain l'achat toute sa vie) mais qu'il se ravisa pour un site plus pittoresque, plus étrange.


Les deux gravures

 C'est cette description, à lire dans son intégralité, qui servit de base au dessinateur pour imaginer au travers du texte et des impressions évoquées la forme et l'allure du château. Il composa alors cette image :


Sur la page suivante du livre figure cette deuxième gravure montrant le Duc de Bourgogne sur un cheval caparaçonné :


Chacun pourra constater alors que la carte postale présentée précédemment est bien l'assemblage de ces deux gravures. Deux vues de l'esprit assemblées sur une carte, il en résulte une image bien éloignée de la réalité !


La lanterne

Pour conclure, et en complément du constat que l'éditeur tourangeau de la carte postale a légèrement modifié la tourelle La Lanterne pour mieux coller à la réalité, je rappellerai qu'au moment de l'histoire de Balzac, en 1407, la tourelle n'existait pas encore et qu'elle ne sera érigée que lors de la restauration du château vers 1470, soixante ans plus tard...


pour en savoir plus :
- le texte complet du roman de Balzac à lire sur Google.
- la substitution faite par Balzac de Moncontour par Rochecorbon, sur Google.
- venir découvrir sur place l'histoire du château en parcourant le circuit « Histoire dans la rue ». Plan du circuit à télécharger sur le site de la mairie de Rochecorbon.

mercredi 11 septembre 2013

Le cardinal Jacques Martin

dimanche 1 septembre 2013

La légende de la lanterne de Rochecorbon

Extrait de « Pages oubliées : légendes et traditions » écrit par Gaston Bonnery en 1909.


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Parmi les monuments historiques des environs de Tours, est un joyau, connu sous le nom populaire de la Lanterne de Rochecorbon.

C'est une tour svelte, de peu d'épaisseur, faisant partie jadis d'une fortification moyenâgeuse et qui comme une aiguille s'élance hardiment dans tantôt brûlée l'espace, par le soleil, tantôt lavée par les pluies, mais bravant toujours les intempéries des saisons et les insultes des siècles.
  


Elle sollicite l'intérêt du touriste, aussi bien que l'attention de l'archéologue. Son origine remonte, en effet, à l'un de ces personnages qui illustrèrent le Comté de Touraine avant sa réunion la couronne, sous Philippe-Auguste, c’est-a-dire, à cette noblesse qui avec le sang transmettait en héritage la foi, le courage et l'honneur.

On raconte que Corbon, sire des Roches, qui vivait au seuil du XIe siècle, et dont la famille s'illustra par les actions d'éclat dans les Croisades, lui aurait donné son propre nom, de là sa transposition sous le vocable de Rochecorbon. Ce fut aussi un Corbon qui employa, l'un des premiers chevaliers, dans ses chartes, la fameuse formule de « Par la grâce de Dieu », alors réservée aux Princes du sang. 

C'est Robert, Seigneur de Brenne, l'un de ses descendants, au commencement du XIIIème siècle, que la légende fait remonter la tour d'observation construite en ce lieu stratégique, tour qui n'a été l'objet d'aucun travail bien sérieux. 
    
Ruines du château de Rochecorbon telles qu'elles sont peintes 
à la mairie de Rochecorbon (d'après Charles-Antoine Rougeot).


Un jour que ce jeune Chevalier rentrait d'une longue chevauchée, il aperçut un aigle dirigeant son vol vers le manoir de ses ancêtres, il banda son arc et abattit l'oiseau. À l'endroit où tomba sa flèche, Robert fit élever audacieusement une tour fanal à l'extrémité du roc qui formait falaise et surplombait la vallée.

L'architecte avec un art prodigieux, avait su mettre à contribution le rocher où la sape et la mine y paraissaient impossibles.

Ce n'est ni un nid d'aigle, ni un repaire de brigands, mais un asile d'un pittoresque, saisissant qui domine la Loire, semant ça et là, ses nombreux bancs de sable d'or.
De cet observatoire, les compagnons de guerre du baron d'Amboise, à la lueur tremblotante de l'immense fanal encensant le ciel, lui envoyèrent chaque jour par les airs les nouvelles du Comté...
   

Gravure de Girardet. XIXème siècle.



De cette terre seigneuriale où les invités se donnaient rendez-vous, le bruissement des vents du ciel rend seul un gémissement sourd, comme la plainte vaine du passé sur des splendeurs disparues. Aujourd'hui tout est vide et silencieux.
Sur ces hauteurs où des feux brûlaient naguère, viennent se reposer des hôtes éphémères, des oiseaux nocturnes troublant seuls de leurs appels lugubres, ou de leurs roulades mystérieuses la paix de la nuit ; ils aiguisent leur bec, dévorent d'innocentes victimes dont les ossements dépouillés de leur chair tombent à l'intérieur de la cheminée, comme en un immense charnier dissimulé sous une épaisse chevelure d'arbustes épineux.

Rien de mélancolique hélas ! Comme le souvenir d'une grandeur déchue, ensevelie dans la poussière des ruines : sous la rafale du vent qui passe, on dit, que comme le cerf altéré soupire après les sources d'eau, les Âmes des défunts affranchis des biens terrestres y tiennent leur cour ainsi qu'autrefois, et disparaissent légères et gracieuses dans un arc-en-ciel dont la courbe aérienne forme un pont diaphane et radieux, entre le ciel et la terre.

Vue d'en bas, la lanterne de Rochecorbon semble être taillée dans un même bloc qui s'effrite sans cesse, n'offrant plus au regard fasciné que les assises de quelques gros murs démantelés. Un sentier en lacet permet de monter au faite du plateau, d'où l'on accède facilement à la base de la tour. Tout a été saccagé, pillé, incendié ; les matériaux épargnés ont été utilisés dans l'étendue du pays, et cependant tout rayonne de souvenirs et il circule toujours les histoires légendaires des hautes promesses des anciens maîtres de cette demeure, jadis inaccessible aux manants, et que nous, voyageurs, nous visitons avec une admiration et un respect avertis ces ruines rappellent tant de noms écrits dans nos annales et réveillent tant d'échos de gloires et de malheurs...


Image extraite de Harper's New monthly magazine N°CCCLXIII août1880 vol LXI p393.

 

À nos pieds le soleil tombe languissamment sur la plaine féconde de la Ville-aux-Dames, petite bourgade qui doit son nom à un ancien monastère de femmes, dépendant de l'abbaye de Saint-Loup. Près la voie ferrée s'élève une petite chapelle à Notre-Dame-de-Prompts-Secours, rappelant une antique vierge vénérée jadis par des bergers, sous le nom irrévérencieux de « Notre-Dame des Crottes ». Quoiqu'il en soit, les âmes tristes y trouvent du soulagement, et les esprits fatigués un attrait a la componction. Le petit village de Rochecorbon même se déploie le long de la chaussée ensoleillée, que longe un tramway à vapeur. 

Le temps passe vite en cette jolie vallée où la puissance divine a largement ouvert sa main. Que le soleil se lève ou qu'il éclaire le monde, qu'il soit à moitié de sa course ou à son déclin, l'aspect du paysage est toujours splendide. La nuit venue, les étoiles radieuses montrent le chemin des cieux. Celui qui veut réellement reposer son âme n'a qu'à laisser sa vue errer au delà des astres ; là, seulement existe une paix immuable. Étudiant les rapports mystérieux qui unissent l'homme à Celui qui l'a créé, il pourra écouter la douce harmonie du langage que Dieu parle à son cœur. Il n'y a que les grandes scènes de la nature pour élever l’Âme jusqu'à l'immensité et l'Infini de Dieu.



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Pour en savoir plus

  • toutes les autres nouvelles de Gaston Bonnery sont disponibles sur Gallica.