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dimanche 6 décembre 2015

L'étrange portail du Manoir des Basses Rivières

Le nom de la propriété est gravé sur un des piliers de l'entrée au 24 du quai de la Loire
Dissimulé derrière son haut mur qui borne l'ancienne route nationale 152, le manoir des Basses Rivières fait partie intégrante de l'histoire locale. Avant la révolution cette demeure dépendant du fief de la Tour, donc de la Baronnie de Rochecorbon. La maison actuelle semble avoir été construite vers 1775 tel que l'affirme Denis Jeanson dans "sites et monuments du Val de Loire".
Or d'anciennes cartes des années 1750  représentent une propriété proche de ce qu'elle est aujourd'hui. la configuration du manoir, de ses jardins, de son mur de clôture sont pratiquement identiques à ce que l'on peut voir aujourd'hui.


carte des années 1750 décrivant le coteau de Rochecorbon, les cavités dans le coteau sont fidèlement représentées source ADIL
une autre carte de la même période; le jardin d'agrément offre la même implantation que l'actuel; cela signale une habitation bourgeoise  résidentielle

Sur cette dernière carte on peut parfaitement identifier le mur de clôture avec son accès principal, la carte précédente précise le jardin clos, coté Loire, au sud de la route. 
L'examen du mur actuel montre la présence supplémentaire d'une autre porte aujourd'hui murée; elle porte, gravée sur son fronton une date; 1713, témoignant, à cette date, de la présence probable d'une habitation d'importance. L'évolution de cette propriété fera l'objet d'une étude distincte.



Sur la rue, une porte murée porte l’indication d'une date; 1713

Le portail principal

Le  renfoncement du mur, les deux piliers massifs, dont l'un porte gravé le nom de la propriété est totalement conforme au plans précédents et semble indiquer que le portail de fer forgé à deux ventaux que l'on peut aujourd'hui découvrir était destiné, dès l'origine pour cet emplacement; il date du XIIIème siècle comme le reste de la propriété. 

le portail d'entrée flanqué d'une porte de service sur la gauche.

A son fronton, ce portail est parfaitement décoré  de motifs à résonance religieuse. Examinons l'image ci dessous


le fronton du portail avec ses motifs religieux
Au centre trois lettres DUC, dont l'interprétation reste à découvrir, nous y reviendrons plus loin. Cet anagramme est entouré d'un chapelet; on y trouve les cinq dizaines de perles noires attribuées, chacune aux "Je vous salue Marie"; ces dizaines étant séparées par les perles dorées pour le "Notre Père", en bas le crucifix de ce chapelet, reposant sur un objet non identifié; peut être un autel.
Le chapelet est à l'intérieur d'une étole de prêtre portant deux croix de Malte. Au sommet, surmontant des feuilles stylées,  quelque chose pouvant correspondre à une barrette de religieux ou une sorte de couvre-chef. L'ensemble est remarquable, mais intrigue. Pourquoi ce type de portail à l'entrée de ce manoir, quelle est la signification de des trois lettres DUC?

Recherches d'interprétations

Première fausse piste.

On interpréta les trois lettres D.U.C. comme étant le signe de propriété d'un DUC. Ce portail aurait fait partie d'un de ces châteaux qui aurait été détruit. Si on suit cette piste on pense immédiatement au Duc de Choiseul dont le château de Chanteloup fut rasé, et des pièces dispersées. C'était en tout cas l'explication que donnait Mr Brosseau lorsqu'il faisait visiter le Musée d'Espelosin, qu'abritait le manoir. Si  cette explication s'avère fausse maintenant elle avait l’intérêt d'attirer l'attention sur cette oeuvre qui vraiment le mérite.

Seconde fausse piste

Elle prend en compte l'historique du manoir; lorsqu'on creuse un peu, on constate que plusieurs chanoines du chapitre de St Gatien (cathédrale de Tours) furent associés à cette propriété, en particulier un Gitton de la Ribellerie et un dénommé Papion. Il m'a donc paru évident que l’existence de ces ecclésiastiques justifiait la présence de symboles religieux à l'entrée de leur domaine, et qu'ils en étaient à l'origine.
Le Manoir des Basses Rivières

























Il s'agissait de trouver dans le vocabulaire religieux, une devise, une expression dont D.U.C. pourrait être anagramme, et, puisqu’il s'agit de religieux, la possibilité d'expressions latines parait évidente. D.U.C  pourrait être l'anagramme de "Dominus Vobis Cum", "que le Seigneur soit avec Vous". Il faut savoir que les latins ne différenciaient pas le U du V. Mais cette explication s'avéra non conforme à la réalité.

La vraie histoire de ce portail

Lors de mes recherches historiques à la bibliothèque de la Société Archéologique de Touraine, je suis tombé par le plus grand des hasards sur un article publié en 1943 dans le bulletin de cette société 'Tome XVIII page 271) en voici un extrait.;

“M. J.-E. WEELEN fait une communication sur l'ancien hôtel de Baudry détruit par la guerre. Cet hôtel dont on ignorait jusqu'au nom, était, en dernier lieu, le siège de la Chambre des Métiers d'Indre-et-Loire dont le président, M. Gaillard, détient les archives de la maison. Jadis, l'hôtel qui se trouvait rue de Lucé, alias rue Chèvre (n° 5 ancien et 7 nouveau), relevait non loin des remparts qui surplombaient les fossés Saint-Georges et proche « le portail de Baudry », véritable porte de ville, ouverte probablement par l'un des maires de Tours de la famille Taschereau, seigneurs de Baudry. A moins que l'hôtel fut la maison de ville des Taschereau et qu'il ait donné son nom à la porte. C'était un grand corps de logis, de deux étages, avec comble à la française, cour pavée, servitudes et puits, le tout ouvrant sur rue par une porte à deux ventaux munie d'un guichet. A une époque récente, cette porte fut remplacée par une très belle grille en fer forgé du XVIIIe siècle qui est encore en place. Cette grille provient du couvent des Dames de l'Union Chrétienne dont le monogramme, au-dessus d'une petite croix, se lit dans le fronton. A tous points de vue, ce travail de ferronnerie mérite de survivre à l'incendie de l'hôtel. En 1740,l'hôtel de Baudry qui dépendait de la paroisse Saint-Hilaire et du fief de l'Aumônerie de Saint-Julien, était la propriété de Marguerite Bernier. Plus tard, vers 1760, il appartient à Étienne Gasnay, « bourgeois de Tours» et «maistres de pension »,qui laisse pour héritier son neveu J.-B. Gasnay, également maître de pension à Lisieux. En 1765, il est acheté par René-François Barbet, avocat au Parlement et au Bailliage et Siège présidial de Tours, et tombe dans la part de sa fille Charlotte-Jeanne-Justine Barbet, en l'année 1800.
Pendant tout le XIXe siècle, l'hôtel de Baudry passa de mains en mains. M. J.-E. Weelen nomme Pierre-Jean Rolland, « officier  de santé dentiste » et sa femme, Ursule JeufTrain (1811), le comte de Poix (1834), Jacques-Louis Blot (1858),Paul Viot (1871),M. Champigny (1895), antiquaire, qui abrita dans l'hôtel, pendant de longues années, le superbe carrosse des rois d'Espagne durant leur séjour forcé à Valencay sous l'Empire..”.

Comme le suggère ce texte, "le portail méritait de survivre; il fut probablement acquis par Mr d'Espélozin artiste et antiquaire.


Mr d'Espélosin sur les marches du Manoir des Basses Rivières. 'sourcre photographique Mme J.Caillon,
elle est présente sur la photo)

Mr d'Espélosin avait acheté ce Manoir à la fin du XIXème siècle à un officier britannique Mr William Richmond Nixon enterré à Rochecorbon. Cet Anglais s'était installé sur la rive droite de la Loire depuis fort longtemps (avant 1836) et participait à la vie de la colonie Anglaise locale; elle était importante, et on peut penser qu'il participa à l'acquisition du temple protestant demandé par cette communauté (voir plus loin). Ce William Richmond Nixon avait acheté le manoir à Jules Taschereau.  Mr d'Espélosin  le légua à sa mort à la ville de Tours qui créa dans cette propriété le "Musée du vin", 
document décrivant le musée installé aux Basses Rivières

Les Dames de l'Union Chrétienne

Qu'est cette association aujourd'hui disparue. Il en demeure un témoignage: le Temple protestant, situé rue de la Préfecture. Il   a été construit à la fin du XVIIe siècle pour être  la chapelle (catholique) d’une congrégation religieuse féminine, les Filles de l’Union Chrétienne. Cette association fut fondée en 1676 par l’un des chanoines du Chapitre de Tours, l’abbé Joseph Sain (1630-1708). Ce dernier devint évêque, et fut enseveli dans l’édifice. Cette communauté intégrait une vingtaine de religieuses : les Dames de l’Union Chrétienne  et ne recevait que des veuves, et des demoiselles de la Religion Prétendue Réformée nouvellement converties: il s'agissait «de tirer les femmes de l’hérésie de la secte calvinienne ». Cette congrégation fut très active au lendemain de la révocation de l’Edit de Nantes (1685). Cette communauté fut dissoute en 1790.



La Chapelle des Dames de l'Union Chrétienne aujourd'hui Temple Protestant, la plaque en Mémoire du fondateur des Dames de l'Union Chrétienne et sa traduction par Denis Jeanson



Contrairement à beaucoup d’autres biens nationaux, la Chapelle ne fut pas vendue. L’Administration y fit transporter, en 1792, les plantes exotiques du jardin de Marmoutier, puis la convertit en arsenal en avril 1796. Elle y établit plus tard un pensionnat de garçons.

La Chapelle fut acquise l’an XII par le sieur Bucheron avant de devenir la propriété de Monsieur de Vildé. En 1816, des Anglais s’établirent en Touraine et furent à l’origine du renouveau de l’Eglise Protestante en Touraine. La communauté réformée, disparue depuis la Révocation de l’Edit de Nantes (1685)  s’était reconstituée en 1838, et les Anglais affermaient   la propriété de Monsieur de Vildé. On peut penser que Sir William Richmond Nixon fréquenta ce temple sans préjuger que le portail de l'ancienne congrégation serait un jour aux Basses Rivières. 

Les hasards de l'histoire créent des rapprochements surprenants !!!!

lundi 9 novembre 2015

Conférence 2015 : le Préventorium de Vauvert

Les 14 et 15 novembre 2015, notre association Phare vous propose sa 6e conférence sur l'histoire de Rochecorbon.

Elle aura trait au Préventorium de Vauvert, un établissement de prévention contre la tuberculose qui a existé à Rochecorbon, dans le quartier de Vauvert, entre les deux guerres mondiales.

Sur l'affiche, la cour de récréation du pavillon des filles, vers 1935.


Nous vous raconterons la création de l'établissement, le pourquoi, le comment, son développement qui ira jusqu'à occuper la plupart des propriétés du bord de Loire, sa structure, ses difficultés, sa fin. 25 années d'existence, 5000 enfants tourangeaux, franciliens, normands ou nordistes y sont venus se refaire une santé, bien encadrés et accompagnés par un personnel compétent et passionné.

La conférence sera animée par Claude Mettavant, président du Phare, auquel se joindra tout à fait exceptionnellement le docteur François Derquenne : sa mère a travaillé au Préventorium, elle lui en a longuement raconté l'histoire et transmis quelques documents et photographies rares.  Il pourra ainsi nous raconté la vie du Préventorium "vue de l'intérieur" !

Rendez-vous ce samedi soir ou dimanche après-midi. La conférence est gratuite, notre seul salaire étant votre présence...


vendredi 16 octobre 2015

Le premier livre du Phare

Notre association est maintenant bien connue par ses expositions, conférences, visites guidées. Elle franchit un pas de plus par l'édition d'un premier livret.
L'idée est venue, l'année passée, lors de l'évocation du 70e anniversaire du débarquement des troupes alliées sur les côtes normandes. La période de la deuxième guerre mondiale n'était connue à Rochecorbon qu'au travers de deux épisodes marquants :
- l'avion américain qui s'était écrasé dans la vallée de Rochecorbon, et l'hommage rendu chaque année à ce jeune aviateur lors des cérémonies du 8 Mai.
- l'épisode des bombes allemandes stockées à Vauvert où le pire fut évité en faisant renoncer aux Allemands leur projet de tout faire exploser.

Pour le reste on ne trouvait que quelques souvenirs épars. On parlait toutefois du "carnet de M. Bouillot" : peu de personnes l'avaient vu, on lui prêtait une universalité rochecorbonnaise. C'était LE document sur cette deuxième guerre mondiale !

René Bouillot nous a gentiment autorisé à le publier. Qu'est-ce que ce carnet ? Ce sont des notes qu'il a écrites tout au long de la guerre, racontant ce qui se passait à Rochecorbon et aux environs. Ces notes décrivent, principalement et dune façon très détaillée et très précise, toutes les actions de guerre axées sur les bombardements : les dates, heures, types d'avion, cibles visées. En montant sur le coteau, René Bouillot pouvait évaluer les sites attaqués et l'ampleur des dégâts, les ripostes allemandes, les formations aériennes,...
Pour compléter ce document avec d'autres éléments de vie de cette période, nous avons rencontré beaucoup de nos anciens que nous avons invités à piocher dans leurs mémoires, remettre à jour les grandes et petites histoires de ces 5 années : l'exode, les relations avec les troupes d'occupation, leurs implantations à Rochecorbon, les alertes, et la Libération.

Edité dans le cadre de la collection Histoire et Patrimoine de Rochecorbon de Claude Mettavant, ce livret bénéficie du soutien de l'association Phare, soutien financier et opérationnel : transcription des interviews des anciens, lectures et relectures du manuscrit, recherches documentaires. Comme toujours l'ensemble est largement illustré, une majorité d'illustrations étant inédite.

En couverture du livret : René Bouillot en 1944, et la couverture de son petit carnet.

La sortie de ce livret en cet automne 2015 n'est pas totalement fortuite : René nous pardonnera de rappeler qu'il vient tout juste de fêter son 90e anniversaire ! Vigneron, ancien adjoint au maire et  longtemps président de la Société musicale, il méritait cet hommage : le livret commence par un petit chapitre sur ses origines, sa famille et ... sa naissance ... que nous vous laissons découvrir !

Bonne lecture. 

L'ouvrage est disponible au Tabac-Presse de Rochecorbon, près de la mairie. 72 pages d'informations abondamment illustrées, en couleurs sur beau papier (imprimé en Indre-et-Loire), le tout pour 9 €. Un plaisir à ne pas manquer !

mardi 15 septembre 2015

Phare participe aux Journées Européennes du Patrimoine 2015

Comme nous l'avions déjà fait en 2014, notre association va encore largement participer aux Journées du Patrimoine. Et comme à chaque fois, si nos interventions sont riches, pour autant elles sont gratuites !

A Rochecorbon

- Claude Mettavant présente à la mairie les samedi 19 et dimanche 20 après midi ses travaux de reconstitution du château-fort qui entourait la célèbre Lanterne de Rochecorbon.


- Robert Pezzani renouvelle sa visite guidée du cimetière de Rochecorbon, complétée et enrichie, vous permettant de découvrir des personnalités de renommée locale et nationale. A profiter absolument car plusieurs de ces tombes vont disparaître. Rendez-vous le samedi 19 après-midi.


Marche du Patrimoine de la Mairie de Rochecorbon : pour tous ceux qui veulent découvrir le bourg de Rochecorbon et approcher la Lanterne, le dimanche à 9h30. En fin de parcours Claude Mettavant vous guidera à la Lanterne, monument privé exceptionnellement accessible en cette journée du Patrimoine.
Le site de la Mairie présente le programme 2015 à consulter.


A Parçay-Meslay

Grande nouveauté cette année : PHARE n'oublie pas que son acronyme signifie Patrimoine et Histoire A Rochecorbon et ses Environs. Robert Pezzani vous propose ainsi une visite guidée du bourg de Parçay-Meslay. Tous à Parçay-Meslay le dimanche 20 à 14h !



jeudi 13 août 2015

Le mystère du vitrail (XIIIe siècle) de la Chapelle St Georges

La chapelle St Georges, sise sur la commune de Rochecorbon est un condensé de trésors exceptionnels réuni dans un espace si réduit; d'ailleurs cette chapelle fut pendant des siècles l'église de la paroisse de St Georges, elle desservait des maisons seigneuriales de première importance, qui, continuellement l’enrichirent, la dotèrent de somptueux cadeaux... Mais cette paroisse ne résista pas à la révolution française, la noblesse avait été destituée, les biens de l'église saisis et vendus; on décida de fusionner st Georges avec la commune de Rochecorbon; l'église paroissiale perdait sa raison d'être; elle tomba dans l'oubli et devint "chapelle".

La chapelle St Georges, ancienne église paroissiale

On la redécouvrit vers 1990 lorsqu'on réalisa qu'elle possédait des fresques du XIe ou XIIe siècle, des peintures du XIIIe et récemment une charpente de 1028, c'est à dire la plus ancienne charpente romane de France! N'oublions pas une tête de Saint polychrome du XIIIe.

Fresque (XIe) et peinture murale (XIIIe)
Prélèvements dans la charpente en 2013 par Frédéric Epaud, expert en dendrochronologie, pour établir sa datation; résultats année 1028 !


Le vitrail du Chœur

Mais nous nous intéresserons ici, principalement au vitrail du chœur; c'est un petit vitrail éclairant cette partie de la chapelle. Il est du XIIIe siècle et fut probablement installé lors de la rénovation de la voûte voisine. La première remarque et le fait exceptionnel de trouver un vitrail de cette période dans une chapelle qui nous parait aujourd'hui bien modeste. Il a fallu des donateurs riches pour financer une telle opération; ces donateurs ne sont pas les moines de Marmoutier, l'église ne leur appartient pas, elle dépend de l’évêché de Tours, et les travaux qui y sont réalisés sont payés par les paroissiens du lieu et les revenus de la fabrique. La haute position sociale d'une frange de la population de St Georges explique la richesse de cet investissement. Il était d'usage de faire régulièrement des dons à l'église pour mériter son salut après sa mort, En échange le curé du lieu s'engageait à prononcer régulièrement des messes pour le repos des donateurs.

Ce vitrail est classé Monument historique.

S'il parait en bon état, c'est grâce aux différentes restaurations qui furent entreprises. Elles ne furent pas toujours "heureuses": en juillet 1890, le verrier J.Fournier, se permit, lors d'une remise en état, d'apposer sa signature en bas à droite!


Ce vitrail se découpe en deux parties.

Le registre inférieur
le registre inférieur



Sa signification est connue:

à droite un personnage couronné, représentant Melchisédek, Ce nom signifie "roi de justice". Il était roi de Salem (qu'on traduit par "paix", et future Jérusalem)  et grand prêtre,  "sacrificateur du Dieu Très-Haut."
En face de lui Abraham, venant lui offrir la dîme, c'est à dire le dixième des dépouilles prises à ses ennemis.
La tradition voit dans cette présence de Melchisédek une annonce de la venue de Christ, mais aussi l'importance de la prêtrise dans la société, Abraham se soumet aux représentants de Dieu sur terre, c'est à dire à ses prêtres.
Le message pour les chrétiens du XIIe est clair, leur rappelant leur besoin de soumission à l'église catholique pour intercéder auprès de Dieu.

l'énigme du registre supérieur.


Ce registre est considéré aujourd'hui comme une énigme; il n'est pas interdit de le décrypter et de lui donner une signification; c'est ce que nous allons chercher à faire.
le registre supérieur


On y découvre deux personnages.
L'un est couronné, assis sur une banquette; il tient dans sa main gauche quelque chose pouvant représenter un sceptre, de sa main droite il se frappe la poitrine en signe de contrition; sur la droite, assis peut être sur des nuées, un ange tenant un drôle de bouquet entre ses mains; le bouquet à trois branches, l'ange semble le tendre au roi.

Explication possible. 
Ce tableau décrit une scène racontée dans le second livre du prophète Samuel dans son chapitre 24:

David voulu mesurer sa puissance et ordonna que soit entrepris un recensement des hommes en état de combattre. C'était un défi par rapport à son Dieu, dans la mesure où la puissance de David ne reposait pas sur le nombre de ses guerriers, mais sur la protection de Yahweh: c'était donc une offense par rapport  à son Dieu. Ce dernier devait le punir de son péché. 
Samuel raconte: 

Joab donna au roi DAVID le résultat du recensement : Israël comptait huit cent mille hommes capables de combattre, et Juda cinq cent mille hommes. Mais, lorsque David eut recensé le peuple, le coeur lui battit, et il dit au Seigneur : « Ce que je viens de faire est un grand péché ! Seigneur, pardonne cette faute à ton serviteur, car je me suis conduit comme un véritable insensé. »
Le lendemain matin, quand David se leva, la parole du Seigneur avait été adressée à Gad, le  prophète attaché à David : « Va dire à David : Ainsi parle le Seigneur : Je vais te présenter trois châtiments ; tu en choisiras un, et je te l'infligerai. » Gad se rendit chez David et lui transmit ce message : « Préfères-tu qu'il y ait la famine dans ton royaume pendant trois ans ? Ou préfères-tu être poursuivi par tes ennemis et fuir devant eux pendant trois mois ? Ou préfères-tu qu'il y ait la peste dans ton royaume pendant trois jours ? Réfléchis donc, et choisis ce que je dois répondre à celui qui m'envoie. » David dit au prophète : « Je suis dans une grande angoisse... Eh bien ! je préfère tomber entre les mains du Seigneur, car sa tendresse est inépuisable, mais surtout, que je ne tombe pas entre les mains des hommes ! » David choisit donc la peste, et le Seigneur envoya la peste en Israël dès le lendemain jusqu'à la fin des trois jours. Depuis Dane jusqu'à Bershéba, il mourut soixante-dix mille hommes.

L'ange exterminateur étendit la main vers Jérusalem, mais le Seigneur renonça au châtiment, et il dit à l'ange exterminateur : « Assez ! Maintenant, retire ta main. » Car David, en voyant l'ange frapper le peuple, avait dit au Seigneur : « C'est moi qui ai péché, c'est moi le coupable ; mais ceux-ci, le troupeau, qu'ont-ils fait ? Tourne donc ta main contre moi et ma famille ! "


Donc le vitrail représente le roi David exprimant sa contrition devant l'ange exterminateur. Ce dernier tient dans ses mains les trois fléaux proposés en punition du péché du roi. Il n'est pas assis sur des nuées comme il avait été suggéré mais probablement sur le mont Moriah, qui plus d'une montagne était une colline que David acheta, et c'est là que son fils Salomon construisit le temple du Très-Haut, le temple de Salomon dont ne reste aujourd'hui que le mur des Lamentations. (remarque Claude Mettavant). Les thèmes exprimés par ce vitrail ne sont pas en rupture avec les autres sujets abordés par les peintures de l'église; comme nous l'aborderons dans une autre rubrique, il est probable que la peinture présentant des scènes de bataille se rapporte à la première croisade dont la prise d'Antioche par les croisés, prise précédant, en 1099, la prise de Jérusalem par Godefroid de Bouillon

Quel message cherche à faire passer ce vitrail? car tout vitrail, peinture ou fresques sont réalisés pour l'éducation des fidèles. Cet épisode est retenu pour montrer la mansuétude de Dieu vis à vis des pécheurs repentants.

dimanche 28 juin 2015

Portus rupium, un mythe ? Certainement.

Pour tout curieux se penchant sur l'histoire la plus ancienne de Rochecorbon, la piste du Portus rupium apparaît nécessairement.
Qu'est-ce que ce mystérieux Portus rupium ? La traduction française communément donnée de cette expression latine est le port des roches, ce qui désignerait un ancien port médiéval donnant sur la Loire, situé à proximité d'un autre endroit désigné par le même mot roche, à savoir Rochecorbon.

Ce serait une information de premier plan pour cette commune, à la condition bien évidemment que cette expression soit exacte et son interprétation démontrée. Or dans l'état actuel de nos connaissances, cela est loin, très loin, d'être le cas.

Voyons plus avant l'analyse qui peut en être fait.


Portus rupium

Si l'on en croit plusieurs sources (1) l'expression serait apparue dans une ou plusieurs chartes de l'ancienne Abbaye de Marmoutier. Ces chartes sont des textes relatant des accords ou des décisions de justice datant du moyen-âge et consignés sur parchemin. On dispose également souvent d'une copie de ces textes, collationnés au sein d'un chartier ou cartulaire, regroupement de tous les textes concernant une propriété, une châtellenie.
De chaque texte on peut ainsi disposer du document original (souvent détruits lors de la Révolution française dans le but d'éteindre les droits anciens), ou d'une copie plus ou moins  fidèle, plus ou moins bien traduite du latin - français ancien - français moderne, plus ou moins interprétée. 



Dans quelle(s) charte(s) se trouve l'expression Portus rupium et que désigne-t-elle ?
Pour avoir travailler presque deux années sur les textes moyenâgeux concernant l'origine et le développement de la commune de Rochecorbon (voir mes publications), je n'ai jamais rencontré cette expression ! Ce n'est pas faute d'avoir cherché, je dispose d'une importante collection de ces textes. J'ai exploré tout ce qui avait été publié : rien non plus. 
Il existe une probabilité qu'un texte m'ait échappé, une probabilité bien plus infime qu'il puisse échappé à tous les médiévistes et chercheurs.

On signale que l'origine se situerait dans un livre consacré à la communauté des Marchands fréquentant la rivière de Loire et fleuves descendant en icelle.  Ce livre a été publié en 1864, réédité en 1867, par Philippe Mantellier. Portes rupium serait cité dans le tome 1 page 27 en indiquant la date de 1344 pour ce port.
La citation est précise, elle est donc facilement vérifiable. Un petit tour sur Gallica et l'ouvrage est rapidement trouvé : Histoire de la communauté des marchands fréquentant la rivière de Loire et fleuves descendant en icelle. Allons à la page 27 : rien. Ah !? Page 26 on retrouve bien l'année 1344 qui est celle du plus ancien texte concernant cette communauté, mais rien concernant notre expression. Il ne reste plus qu'à lire l'ouvrage entier - très intéressant par ailleurs - dans l'espoir de trouver trace de notre Portus rupium. Recherche vaine, même en l'élargissant aux tome 2 et 3 de l'ouvrage. On y parle bien du péage sur la Loire en place à Rochecorbon, mais aucunement de port. Cette source n'est donc pas exacte : elle n'évoque pas ce Portus rupium, en encore moins son apparition dans une charte de Marmoutier. 

Deuxième source évoquée, un travail de recherche publié fin XIXe. Il est facile de le retrouver, il s'agit d'une recherche publiée en 1865 dans la très sérieuse Bibliothèque de l'Ecole des chartes sous la plume d'Emile Mabille. Dans le quatrième chapitre de sa Notice sur les divisions territoriales et la topographie de l'ancienne province de Touraine, on y trouve bien, enfin, notre expression. Pour s'en convaincre un petit tour sur Gallica, toujours aussi efficace, nous le prouve : lien pour accéder directement à la page. Que dit Mabille ? Pratiquement rien ! Dans une liste des ports sur la Loire il indique Portus rupium avec en précision Roche-Corbon (orthographe fantaisie de Rochecorbon, fort usitée à la fin XVIIIe et début XIXe siècle). Mais c'est tout ce qui en est dit : on ne sait où Mabille a trouvé cette information, il ne donne pas ses sources. Difficile de s'appuyer sur une telle citation.

Conclusion (provisoire ?) : avant 1900 l'expression Portus rupium n'existe que dans un seul texte, sans en expliquer la source. Invention de l'auteur ? Reprise écrite d'une légende ou d'un "on-dit" ? Impossible de statuer définitivement, mais il convient de constater que la source est très friable, d'autant qu'aucun travail ultérieur n'a permis de confirmer !


Portus

Tout chercheur ne peut se satisfaire de terminer par un point d'interrogation sans avoir explorer toutes les pistes.
Imaginons que cette expression soit bien réelle. Comment la traduire en français moderne ? 
C'est là la deuxième faiblesse des démonstrations habituellement entendues ou lues : le portus du latin du moyen-âge signifierait un port. Cette traduction est très peu probable, pour ne pas dire erronée ! Le terme portus était utilisé pour désigner un lieu où l'on passait d'un endroit à un autre :
- un port, un quai d'embarquement, une grève d'atterrissage permettant le passage d'un bateau vers la terre ferme,
- un bac permettant la traversée d'un cours d'eau,
- un gué,
- un col permettant le passage d'une vallée à une autre (col du Somport, Saint-Jean Pied de Port, col de Porte,...)
- ...

Or que savons-nous de la géographie de la Touraine moyenâgeuse :
- qu'il avait de très nombreux échanges fluviaux, l'accès aux bateaux se faisant soit en se posant sur une grève soit par des rampes d'accès, les cales. Pour autant peut-on parler d'un port ? Pas à Rochecorbon en tout cas ! Les transports par route étaient très coûteux (chariot, animaux de trait, durée du trajet) et malaisés (routes en mauvais état, embourbements, ...), chacun faisait au plus court. Or les points d'amarrage sont nombreux, assez pour qu'il n'y ait pas besoin de déterminer un point unique plus accessible.
- que les bacs, comme les ponts, étaient assez rares. Le bac de Rochecorbon est connu. Mais il est d'une importance très faible, assez tardif sous une forme officielle (XIXe siècle). Rien n'aurait pu justifier une dénomination particulière.
- qu'à Rochecorbon il y avait sur le ruisseau la parcourant un gué d'une importance telle qu'il avait donné le premier nom à ces lieux : Vodanum venait du mot latin Vadum, le gué
- qu'à Rochecorbon on ne trouve pas de col, même si l'ascension de certains de ses coteaux peut durcir les mollets des cyclistes !

Si l'origine de Portus rupium remonte avant le Xe siècle, il ne peut s'agir que du gué. 
S'il est du XIIe ou XIIIe, c'est très probablement le gué. Et l'on peut se souvenir que le mot portus était alors également utilisé pour désigner un gué sur lequel un péage était appliqué. Or c'est à cette période que le seigneur de Rochecorbon va créer le péage sur la Loire (avéré) et un sur ses gués. Le seigneur ayant mis des péages sur tous ses gués importants, celui de Rochecorbon est très probable vu son ampleur, bien que n'ayant pas laissé de traces écrites : les seules traces écrites sont essentiellement des jugements sur les péages ayant entraîné des conflits, les autres traversant l'Histoire sans traces.
Au XIVe siècle et après, le lieu n'aurait pas laissé de nom latin mais un nom en (vieux) français.


Rupium

Difficile de refuser ce terme à Rochecorbon dès lors qu'il s'applique aux environs immédiats de la Loire au moyen-âge. Le nom du lieu, apparu pour la première fois en 1212, était Ruppibus Corbon (2) les roches (rochers) de Corbon. La famille fut d'ailleurs surnommée "des Roches", Rupibus ou Rupes


Conclusion

Ma conclusion actuelle (3) sera plus sévère que la réserve que j'avais exprimée dans mon livre : oublions ce portus rupium qui tient plus de l'invention que de la réalité historique. 
Ou, par excès de gentillesse, autorisons-lui l'entrée dans l'album des contes et légendes de Touraine.



La parole est laissée ouverte sur ce blog, et je serais enchanté de démonstrations contradictoires : tout ce qui fait avancer vers la vérité est bon. 
Et ce qui l'en écarte, mauvais.


(1) par exemple
et même certains de mes anciens textes ou ceux de notre blog !
(2) l'acte authentique cite bien Ruppibus Corbon, avec un double P atypique et un Corbon non décliné. Les textes suivants seront plus exacts en écrivant Rupibus Corbon(is).
(3) précaution de langage, peut-être un jour saurons-nous la vérité...

mercredi 17 juin 2015

En face de Marmoutier : suite en 1917 ?

Robert Pezzani dans son article Quels sont ces vestiges en Loire, face à Marmoutier et Rochecorbon? nous avait instruit de ses recherches notamment sur la possibilité d'un pont reliant Marmoutier à Saint-Pierre-des-Corps. 
Il refermait son étude par :
Constatant que ces morceaux d'ouvrages sur les deux rives se font vis-à-vis, on est en droit de penser qu'ils pouvaient faire partie d'une même structure, par exemple un pont ou autres systèmes permettant de traverser le fleuve et de rejoindre Marmoutier. Est-ce crédible ? Peut-être pas ; dans ce cas, l’énigme reste totale.

Deux hasards m'ont remis sur cette piste.

Le premier concerne un travail en cours sur la période de la première guerre mondiale. Marmoutier avait alors été transformé en hôpital pour y soigner les blessés ramenés du front. Pour dissiper leur ennui ces blessés éditèrent un petit journal, une feuille de chou comme ils la surnommaient, intitulé Marmoutier-Gazette (Archives départementales d'Indre-et-Loire, 219PERU1) : avec un ton humoristique ce journal raconte la vie de l'hôpital, chambrée par chambrée, les petits potins, l'actualité des conflits, etc. Illustré de dessins et caricatures il se vantait cependant de n'avoir jamais été censuré, chose bien rare à cette époque de guerre.

Dans le numéro 140 du 25 novembre 1917, le titre du journal ayant entretemps été raccourci sous la forme Mar-Gaz, on peut lire ce petit article :


Ce journal était habitué aux calembours, aux clins d'oeil amicaux (comme ceux de cet article vis-à-vis des deux infirmières, des pavillons ou du tarif du péage), mais il ne faisait jamais de fausses informations ou de poissons d'avril. On peut donc considérer qu'une partie de ces informations est exacte.

Le deuxième hasard date d'une récente promenade sur les bords de Loire lorsque, justement en face de Marmoutier, je vis cette curieuse construction :


Que nous dit cette plaque de béton avec ses deux rebords ? Ce n'est pas une rampe d'accès à la Loire, elle est bien trop inclinée, trop pentue. Elle ne pose pas directement sur le sol, elle semble s'être écroulée.
Si on l'imagine horizontale, pourrait-il alors s'agir du début d'une passerelle traversant ce bras de Loire ? En se retournant dos à la plaque on voit ceci :


Exactement dans l'axe de l'élément de béton on peut apercevoir des restes qui tracent une ligne droite de débris affleurant la surface de la Loire assez basse à cette époque. La coïncidence des deux est troublante.

Alors, passerelle ou pas passerelle construite par les Américains sur la Loire en face de Marmoutier ? Les quelques ouvrages que j'ai consultés sur cette période ne m'ont rien appris.


L'enquête continue. Peut-être un de nos lecteurs saura infirmer ou confirmer cette hypothèse !


Je vous joins cette (jolie ?) vue panoramique de l'endroit, vision à 180° qui déforme les perspectives mais réunit sur la même image cette plaque de béton et les affleurants : les deux sont réellement bien dans le même axe, l'image donnant l'impression d'un angle droit...

Cliquez pour agrandir l'image !
Et cette dernière image prise du haut de la plaque confirmant l'axe :



mardi 16 juin 2015

Séance de dédicace des livres à Rochecorbon

Vous êtes plusieurs à nous avoir régulièrement poser ces questions : pourrions-nous avoir une dédicace de vos ouvrages ? Pourrions-nous avoir quelques explications sur tel ou tel point ? Qui êtes-vous ?

Bonne nouvelle, pour fêter l'arrivée de l'été et du soleil :

 Séance de dédicace dimanche 21 juin 2015 
 de 10h à 12h 
rue du Docteur Lebled à Rochecorbon 
 entre mairie et église, près du tabac-presse 

Apportez vos livres ou venez les acquérir sur place, nos deux auteurs vous dédicaceront avec plaisir leurs ouvrages qui valorisent si bien le patrimoine de notre belle commune !

Après votre dédicace vous pourrez rejoindre la "Faites de la musique" au Théâtre de verdure, à deux pas d'ici.


Histoire, musique, convivialité : bienvenue à Rochecorbon !!

                                                                                                  
Les publications de Robert :


Les publications de Claude :


mardi 26 mai 2015

Livre : Rochecorbon Au fil de l'eau Au fil du Temps

Votre bibliothèque sur Rochecorbon va pouvoir s'étoffer d'un nouveau livre qui vient tout juste de sortir : Rochecorbon Au fil de l'eau Au fil du Temps. 



Au travers de ses 142 pages, il nous fait visiter Rochecorbon au gré de ses deux cours d'eau principaux, la Loire et la Bédoire (le troisième fleuve de Rochecorbon étant ... son vin blanc !).
Promenez-vous ainsi dans notre si jolie commune au travers de ce deuxième livre de Robert Pezzani, tout aussi abondamment illustré que le premier.

Table des matières :
- La Loire dans l'histoire de Rochecorbon
     Rochecorbon, une cité gauloise
     Premières présences humaines à Rochecorbon
     La Loire "vitrine" oubliée
     Vestiges en Loire en face de Marmoutier
- Le ruisseau supérieur
     Sources, fermes et hameaux
     Les hameaux de la Planche et des Monteaux
     Les moulins
     Tentatives d'exploitation des sources
- Le fond de vallée et le bourg
     Les problèmes du fond de vallée
     Le combat du docteur Lebled pour la vallée
     Docteur Lebled, maire de Rochecorbon
     L'oeuvre de Pierre Lebled
     A propos de l'école et de la mairie
     Les derniers moments de Pierre Lebled
     Le déplacement du cimetière et reconnaissance de Rochecorbon
     Quelques compléments sur la vie à Rochecorbon au XIXe siècle

Découvrez ces pages oubliées de l'histoire locale qui vous feront au travers du temps et de l'eau qui s'écoulent.
Bonne lecture !

L'ouvrage est en vente au Tabac-Presse de Rochecorbon (entre mairie et église). 21 euros.

jeudi 30 avril 2015

Conférence de Mai 2015 en attente du meeting aérien du 7 Juin

logo créé par la FOSA (Fédération des Oeuvres Sociales de l'Air) pour marquer le centenaire

L'année 2015 marque le centenaire de la création du Camp d'aviation de Parçay-Meslay. Différentes manifestations doivent marquer cet anniversaire. Le point d'orgue sera le meeting aérien du 7 juin 2015, organisé par la BA 705.
http://fosa.fr/meetingdelair/meeting-de-tours/


affiche du meeting aérien du 7 Juin 2015

La commune de Parçay-Meslay s'est associée à cette fête. Le territoire du camp est partiellement sur cette commune et à l'origine le camp s'appelait " Camp d'Aviation de Parçay-Meslay": une exposition de maquettes d'avion est d'ailleurs visible jusqu'a mi-mai dans le bâtiment de la mairie.

affiche des conférences du Phare marquant le centenaire (entrée libre)

En 1917, les USA entrent dans la guerre. Tours devient la plaque tournante de l'organisation américaine (20000 hommes s'y installent). Le camp de Parcay-Meslay passe sous direction américaine fin 1917. Il devient le "Second Aviation Instruction Center", la "seconde école d'instruction pour l'aviation". Rochecorbon est impactée, puisque plus de 7 hectares sont réquisitionnés à la Planche pour en faire un centre de formation de tirs réels, à la mitrailleuse. Par contraste avec la France où la censure bride toutes les publications, collectes d'informations... les Américains photographient tout, filment tout. Tant est si bien que nous retrouvons aux USA des images ou des vidéos tournées sur Parçay Meslay et Rochecorbon. C'est l'objectif de ce cycle de conférences qui seront présentées à Parçay Meslay (les 16 et 17 Mai) ainsi qu'à Rochecorbon (le 23 mai) où l'on découvrira quelques uns de ces enregistrements. Ces conférences sont coordonnées avec la BA705, la ville de Tours et la Mairie de Parçay-Meslay.

jeudi 16 avril 2015

Quels sont ces vestiges en Loire, face à Marmoutier et Rochecorbon?

Préambule

Cet article reprend une mini présentation faite à la Société Archéologique de Touraine par l'auteur. Le texte ci après devrait refléter ce qui sera publié dans le bulletin 2014 de la SAT. Il reprend un article précédent qui avait été publier sur ce blog, en le complétant et l'amendant.


Marmoutier est sur la commune de Sainte-Radegonde (aujourd’hui réunie à la ville de Tours), à la limite ouest de Rochecorbon. Cette proximité géographique a tissé des liens très étroits entre l’abbaye et les seigneurs de Rochecorbon. Ces derniers se montrèrent souvent généreux. Plusieurs chartes anciennes en témoignent, donnant ainsi de précieux témoignages sur l’histoire des îles de la Loire ; il suffira de citer dom Martène qui relate dans son Histoire de Marmoutier publiée par l'abbé Casimir Chevalier :

            Depuis qu’Alexandre, seigneur de Rochecorbon, eût pris l’habit religieux à Marmoutier sur la fin de ses jours, Robert son fils, qui avoit succédé  à ses honneurs, conserva toute sa vie une affection particulière pour ce saint lieu. Il y venoit souvent et témoignoit aux religieux toute l'amitié et l’estime possible. En ce temps-là,  la rivière de Cisse[1], qui prenoit son cours dans le jardin du monastère, et s'alloit  jeter dans la Loire près des ponts de  la ville, formoit une île assez agréable, qu'on appeloit la Belle-Ile ou l’Ile de Marmoutier. Comme elle appartenoit à ce seigneur, Guillaume, prieur de Marmoutier, et qui auparavant avoit été archidiacre de Rennes, lui représenta que ce lieu seroit fort propre pour y bâtir une maison commode pour les infirmes, et pour ceux qui voudroient entièrement se séparer du commerce des hommes pour ne vaquer qu'aux exercices  de la contemplation car il y avoit une grande forêt qui formoit dans l'île une solitude assez étendue. Robert goûta cette pensée, et comme il aimoit les religieux, il n'eut pas de peine  à se déterminer de leur en faire une cession. Dans cette vue il vint un jour à Marmoutier, s'entretint de ce dessein avec l'abbé et le prieur, et tous ensemble s'étant allés promener dans l'île, ils en firent le tour, et après plusieurs discours sur  le sujet qui les avoit amenés, il en fit une donation au monastère pour attirer sur sa personne et sur toute sa famille les grâces du Ciel, et en investit l'abbé Guillaume, en lui donnant des joncs qu'il tenoit en sa main.[…] Après cela, l’abbé et les religieux prièrent l’archevêque Gilbert de venir bénir le lieu où ils avoient dessein de bâtir les officines et les lieux destinés pour les infirmes et pour ceux qui voudroient vaquer à la contemplation. Il se transporta aussitôt sur les lieux, bénit de l’eau avec les oraisons prescrites dans le pontifical, en aspergea les places où l’on devoit bâtir l’église et les officines, et parce qu’il y  avoit déjà une chapelle de bois, en attendant qu’on en fit une de pierre, il bénit celle-là[2]. Ceci se passa l’an 1123, un vendredi de l’Avent. (MSAT t. XXV, 1875, p. 46).

En 1222, Geffroy de Brenne, seigneur des Roches, confirma la donation de son père Robert de Brenne[3]. Ce texte et plusieurs autres ensuite nous décrivent donc une île se situant en face du monastère et sur laquelle auraient été aménagées des constructions.
Qu'en est-il de cette île et des éventuels bâtiments implantés au Moyen Age ?

L’Isle de Marmoutier ou la « Belle Isle »

Aujourd’hui aucune île n’est identifiée sous le nom de « Belle Isle » ou « Isle de Marmoutier ». Il faut se référer aux textes anciens pour la localiser, sachant que la Loire a continuellement modifié la configuration de son lit. L’examen des archives donne quelques informations sur son emplacement, par exemple une enquête du 17 février 1643. Menée pour établir la propriété des religieux, elle a recours à deux anciens habitants de Sainte-Radegonde dont le témoignage est ainsi résumé :

            Enquête faite par le bailly de Marmoutier par laquelle deux personnes déposent :
- 1° Gatien Luneau, tailleur d’habits à St Oüen,  âgé de 75 ans, que le plein fief et domaine de Marmoutier du côté du vent d’amont [le copiste a mal lu l’original : il s’agit du vau – la vallée – d’amont] vers et au long de la rivière de Loire, commance à [la] fontaine Saint-Germain[4] et finit à l’arche des grands ponts de Tours appellé l’arche de St Sicault[5] sur laquelle il y avoit une croix de fer ; qu’avant la construction de la levée, souvent les eaux passoient dans l’enclos de l’abbaye et se perdoient par la grille qui étoit entre les deux tourelles[6] ; qu’il y avoit un canal qui les conduisoit dans la rivière de Loire, jusqu’auquel canal, en ce qui est depuis lad. abbaye jusqu’aux ponts[7] de Tours, les héritages des particuliers sujets de Marmoutier s’étendoient ; que ce qui est au delà dud. canal et ancien fossé du côté de la rivière de Loire a toujours été appellé l’isle de Marmoutier ; qu’il a oüi dire que la plus grande partie desd. terres étoit autrefois plantée en arbres qui furent abattus par M. de La Rochefoucault, abbé de Marmoutier, et que depuis lesd. tourelles jusqu’aux dits ponts, la plupart de ces terres étoient en boüillards[8] et saules.
- 2° Pierre Meunier, âgé de 103 ans 4 mois, dépose comme cy dessus, ajoutant avoir bonne connoissance d’avoir vu lad. isle pleine de saules et boüillars dont les religieux de Marmoutier jouissoient : laquelle saulais et isle aboutissoient et joignoient le long de celle appellée l’isle Aucart et alloit alors depuis lad. abbaye jusqu’entre les ponts sans l’incommodité de l’eau.

Figure 1 : Le pont (ou les ponts) de Tours en 1625 : une des îles que l’on découvre est probablement l’extrémité ouest de l’île de Marmoutier
Les sondages effectués ou reportés par Élisabeth Lorans confirment l’existence d’un « paléo chenal » à la position où dom Martène cité précédemment positionnait la Cisse. Or un examen plus détaillé des documents anciens laisse penser que l’Isle de Marmoutier resta longtemps accrochée [9] à la berge nord et ne s’en sépara vraiment que lors de la création des levées et turcies. Ces travaux seront sources de procès (ADIL, H240) ; les moines en 1481 s’opposeront au creusement d’un fossé d’une profondeur de 30 pieds et d’une largeur de 300, longeant les remparts de Marmoutier. L‘île de Marmoutier se désolidarisait de la berge.
Il ne faut pas chercher à imaginer la cartographie des lieux à partir de la situation actuelle. La Loire ainsi que l’homme ont transformé considérablement le paysage. Imaginons simplement une bande de terre partant de Saint-Georges et atteignant Tours, englobant l’île Saint-Georges, l’île aux Vaches actuelle, ainsi que l’île Aucart, et que le bras de Loire qui aujourd’hui sépare ces îles de la berge nord n’apparut que tardivement.


Figure 2 Carte des abords de l'abbaye de Marmoutier vers 1730 (estimation). L’île de Marmoutier n’est pas représentée. Source ADIL Plan du coteau de St Symphorien à Rochecorbon  côte II.3.1.15

Les cartes anciennes ne donnent aucune information étayant les textes trouvés ; certaines ne représentent pas les îles. Cette désaffection des cartographes est probablement due à l’intérêt non stratégique de ces propriétés ; pas de construction importante, elles sont ignorées par les grandes voies de circulation terrestres et l’usage qu’en font les moines reste « discret » ; ils se contentent d’utiliser ces propriétés en terre de rapport qu’ils exploitent directement ou non sous forme d’oseraies, saulaies, « pastureaux » ou « gravanches »[10].


Figure 3 L’île aux Vaches aujourd’hui (photo © GEOPORTAIL).


 Actuellement, l’endroit est nommé « île aux Vaches ». Sa configuration change suivant les érosions. Elle se divise en plusieurs îles lorsque les eaux s’élèvent. Suivant la saison, une île ou un ensemble d'îles font face à Marmoutier. Cet archipel porte le nom d'île aux Vaches, nom probablement issu de l'usage qui perdura aux XIXe et XXe siècles d'y faire l'élevage de bovins. Une ferme avait été construite sur cet emplacement et fut habitée jusque vers 1950 (source : M. Michel Debelle), moment où la ville de Tours l'acheta pour y installer sa station de captage. Par contre, elle porta d’autres appellations dont celle d'île au Perron.

L'île au Perron (ou aux Perrons)
Si ce nom "perron" désigne encore aujourd'hui la pierre de seuil d'une porte, ou un petit escalier, son sens local décrit une ou des grosses pierres. Il y aurait, donc, eu de "grosses pierres" sur l'île en face de Marmoutier ! Ces pierres ne seraient-elles pas les restes de culées d’un pont ou d'anciennes dépendances de l'abbaye ? En reste-t-il des traces et des témoignages ? Jacques Dubois, expert en archéologie aérienne (voir son ouvrage Archéologie Aérienne. Patrimoine de Touraine publié par Alan Sutton en 2003)  fournit la photo ci-dessous[11] (fig.4, tirée du BSAT 2004, p.81). 


Figure 4 Photo de Jacques Dubois, publiée avec la légende suivante ; « Tours. 20.9.2003. Marmoutier. Restes d'un possible pont sur la Loire an niveau du parking ».

Dans les pages qui accompagnent cette photo Jacques Dubois écrit :

            Au droit de Marmoutier, au niveau du parking, apparaissaient deux piles et ce qui pourrait être une culée d'un pont, déjà observées au sol antérieurement par Patrick Neury, m'a-t-il confié, mais jamais publié ; ce vestige semble très intéressant à étudier, au moment où Élisabeth Lorans va entreprendre une étude exhaustive de Marmoutier et de son environnement. Un deuxième passage plus en aval, au niveau de la rue Saint Martin, semble exister : trois vestiges sortent de l'eau.

La photo de ce second passage n'est pas reproduite ici (voir Bulletin de la SAT 2004, p. 84) ; mais l'examen mené sur place montre effectivement la présence de poteaux à demi submergés. Le profil de ces poteaux semble trop récent pour présenter un intérêt historique. Ils furent probablement mis en place lors de la réalisation de la station de captage de la ville de Tours (il n'est est pas de même de la photo présentée fig. 4).

Investigations sur la rive Sud
J'ai personnellement recherché sur l'autre rive (rive gauche) la présence de vestiges anciens. En explorant le bord du fleuve durant l'été 2013, j'ai pu observer un bloc maçonné pouvant faire partie d'une culée de pont. N'étant pas compétent dans ce type d'ouvrage il m'est difficile de conclure. Par contre le bloc, reposant partiellement immergé, proche de la berge est accompagné d'autres blocs.

Figure 5 Bloc maçonné, sur la rive gauche de la Loire, (en face de Marmoutier). Les coordonnées géodésiques fournies par l'appareil photo étant 47°23'50.60", 0°43'19.152". Un second bloc émerge plus loin (photo R. Pezzani, 8 septembre 2013).

Y-a-t-il un lien entre l'observation de Jacques Dubois et celle-ci ?
Si on porte sur une vue satellite de l’IGN ces deux observations, on obtient les repères 1 et 2 de la figure 6. Constatant que ces morceaux d'ouvrages sur les deux rives se font vis-à-vis, on est en droit de penser qu'ils pouvaient faire partie d'une même structure, par exemple un pont ou autres systèmes permettant de traverser le fleuve et de rejoindre Marmoutier. Est-ce crédible ? Peut-être pas ; dans ce cas, l’énigme reste totale.

Figure 6 L'observation aérienne faite par Jacques Dubois (repère 1) fait vis-à-vis aux ouvrages maçonnés que nous avons enregistrés sur l'autre rive (repère 2) (photo © GEOPORTAIL).

Présence de vestiges au repère 3 de la figure 6
Étant adepte de canoë, il me fut possible de venir explorer les abords de l'île aux Vaches. J'avais déjà observé, il y a une dizaine d'années, la présence de vestiges de constructions. La localisation correspond au repère 3 de  la figure reproduisant la projection Géoportail de l’IGN de la figure 6. On constate que cet endroit est proche de l’amont de la station de pompage, au milieu d’un bras secondaire de Loire inondé lorsque la rivière n’est pas à l’étiage. Le mois de juin 2014 s’avéra favorable et permit la réalisation des photos ici présentées (d’autres sont disponibles).


Figure 7 Juste en amont de la station de captage, dans un bras du fleuve asséché en été, des fragments de murs émergent du sable. Noter, sur la droite une fraction de mur partiellement dégagée du talus sablonneux ; d’autres vestiges sont, probablement, encore enfouis sous ce talus à droite (Photo R.Pezzani. 30.06.2014)
Figure 8 Le même site, vu d'un autre angle. On voit le rebord sud de la station de pompage (Photo du 30 06 2014)
Figure 9 : La présence d’un arbre sur ce fragment de maçonnerie laisse penser que le bloc était enterré sous une partie boisée et que la Loire est venue retirer le sable qui l’entourait,  le bloc maçonné assurant l’ancrage de l’arbuste (photo R. Pezzani, 30 juin 2014).
Figure 10 Un autre fragment de mur en moellons de moyen appareil enchâssé dans des racines d'un arbre. (Photo R.Pezzani)
Figure 11 : L’ensemble est constitué de plusieurs murs répartis sur  environ deux mille mètres carrés.

Figure 12 ; Vue d’une portion de mur d’environ 5 mètres de long : on peut observer l’assemblage des pierres. Noter le réemploi de tuiles permettant probablement d’obstruer une ouverture.  Il est possible que ces matériaux de récupération comblent une ancienne cheminée dont les tuiles assuraient soit l’isolation ou un conduit (photo R. Pezzani, 30 juin 2014



 

Figure 13 On voit la station de pompage derrière des vestiges
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Figure 14 : D'autres vestiges peuvent être encore enfouis au sud.
Figure 15 : D'autres murs
Figure 16 : Même en période d'étiage, certains éléments restent sous les eaux.

Figure 17 : Dès que la Loire s'élève tout est submergé.



La hauteur des eaux du fleuve exceptionnellement élevée durant de reste de l’année empêcha le renouvellement de l’opération : ces vestiges restant majoritairement sous les eaux. Ce sont des fragments de construction importants : ils sont dispersés sur  environ deux mille  mètres carrés et sont constitués de moellons de pierre taillée, assemblés en moyen ou gros appareil (voir photos). Certains montrent des épaisseurs d'ouvrages supérieures à 1 mètre et atteignant parfois 1,5 mètre et semblent correspondre à des éléments de fondation. La construction à laquelle appartenaient ces différents éléments devait être relativement conséquente.

Pourquoi ces vestiges semblent avoir été ignorés jusqu’à aujourd’hui ?
L’examen de photographies de la seconde partie du siècle dernier apporte une réponse. L'IGN possède une bibliothèque de clichés aériens dont certains sont accessibles sur internet (Géoportail). Les plus anciens remontent à 1947. Nous en avons extrait les agrandissements qui vont suivre. 

Figure 18 : Extrait d’une photo prise le 14 juin 1949. L’île aux Vaches est reconnaissable ; le bras de Loire passant devant Marmoutier, que l'on identifie parfaitement, est plutôt ténu, la Loire coulant principalement sur sa rive gauche (ce qui n'est plus le cas). On n'observe pas de vestige de construction ancienne sur l'île (extrait d’une photo © GEOPORTAIL).
Figure 19 : Extrait de photo IGN datant du 23 juin 1961. On constate un développement forestier sur l'île, mais pas de vestige (extrait d’une photo © GEOPORTAIL).


Un examen attentif de ces clichés ne permet pas de déceler la trace de restes de constructions à l’endroit où ils sont observables aujourd’hui !
Si on considère la situation en 1972 (fig. 20), on constate que l’autoroute A10 est en construction, le paysage est transformé par ce ruban blanc. Concernant le secteur qui nous intéresse, on constate que l’île aux Vaches est exploitée comme carrière de sable et gravier. 

Un accès provisoire a été mis en place entre la rive droite de la Loire et l’île, permettant aux camions de venir directement sur place. Le sud de l’île a été déboisé et s’est transformé en carrière à ciel ouvert. Le nord de l’île semble intact car la végétation est présente : en réalité cette assertion est fausse puisque la station de captage de la ville vient d’être construite ; elle compte 21 puits et un système d’adduction d’eau  souterrain situés sous cette surface boisée… On peut aussi noter, en comparant ces différentes photos, combien les bancs de sable se déplacent dans le lit de la rivière, le long d’une période d’une vingtaine d’années !

Figure 20 : Extrait d’une photo IGN de 1972 montrant le chantier de l’autoroute A10 et l’exploitation en sablière de l’île aux Vaches. Le chantier est colossal. On comprend que le pont Wilson s’effondrera quelques années plus tard. (Extrait d’une photo © GEOPORTAIL).

Intéressons-nous tout particulièrement à cette vue de 1972 : la qualité de la photo se prête à un agrandissement montrant plus de détails ; c’est l’objet de la partie gauche de la figure suivante (fig.21), sa partie droite révèle l’état des lieux en 1981 ; les vestiges sont maintenant visibles. On y voit les engins prélevant le sable, par contre le secteur où les vestiges sont localisés n’est pas exploité : les quelques arbres semblent intacts ; probablement quelques-uns d’entre eux ont survécu et trônent encore sur les restes de constructions.


Figure 21 : A gauche agrandissement de la figure précédente, face à Marmoutier. On y aperçoit les engins de chantier prélevant le sable et défigurant le lieu. Un des puits de la station de captage est visible. Les vestiges sont à deux pas, sous le bouquet d’arbres résiduel, à l’intérieur de la zone cerclée et la ferme un peu plus au sud. Sur la partie droite, le même endroit en 1981. Les vestiges ont été mis au jour par la Loire. (Extrait de photos © GEOPORTAIL).
On peut obtenir des vues aériennes inclinées mettant en évidence le relief. L’endroit concerné, est accessible sur ces représentations du site Bing Cartes (Figure 22). L’examen de cette figure nous permet de comprendre les mécanismes d’érosion qui vont mettre à jour ces vestiges.


Figure 22 : Sur cette photo donnant des vues inclinées, on aperçoit bien, partiellement immergés, quelques uns des vestiges dont nous parlons. Certains sont surmontés d’arbres. À droite, la partie boisée correspond à l’extrémité amont de la station de pompage (photo tirée du site Bing cartes).

Que constate-t-on ? Les prélèvements de sable dans l’île aux Vaches (anciennement partie de l’île de Marmoutier) ont créé un chenal supplémentaire où la Loire, en hautes eaux, s’engouffre et vient affouiller le lit sablonneux ; les prélèvements de sables, en 1972, n’avaient pas mis à nu les vestiges qui nous intéressent ; le fleuve s’en est chargé. Le mécanisme d’érosion a, de plus, été accentué par l’éperon que représente la station de pompage ; son extrémité est empierrée, et, comme la proue d’un bateau, elle guide le courant vers ses flans, augmentant le creusement par la Loire, là où gisent les vestiges tout proches. La figure 22 confirme ce scénario. On y distingue les restes de constructions au milieu d’un bras de la Loire. L’éperon boisé que forme la station de pompage. Sur le haut de l’image, on voit une surface herbeuse limitée par un talus. Ce bout de prairie correspond au niveau du sol après les extractions de 1972. Partant de ce nouveau chenal, on distingue que la Loire est venue « surcreuser », dégageant les vestiges. La conséquence est qu’ils ne sont vraiment visibles qu’à l’étiage du fleuve !

Quelle est l’origine de ces vestiges ?
Aussi longtemps qu’une datation précise n’aura pas été effectuée, toute spéculation est possible. N’étant pas suffisamment compétent en ce domaine, je resterai prudent, me limitant dans cette première phase d’observation, à quelques recherches documentaires. Très vite on constate que la présence d’une chapelle sur l’île est continuellement évoquée, et cela dès la donation par Robert de Brenne : 

ce qu’il fit en l’an unze cens vingt trois à la charge de trante solz de cens payable le jour St Brice, et en outre obligea l’abbé et religieux de faire bastir une chappelle en ladite isle.  

Figure 23 : Positionnements sur une carte d’environ 1760 de la chapelle Saint-Nicolas telle qu’indiquée en 1782 et des vestiges trouvés (ceux dont il est question dans cet article : on peut constater qu’à cet endroit, on trouvait un banc de sable). Source ADIL : La Loire de Vouvray à Ste Radegonde : côte II.3.1.21/6 

En 1957, dom Guy Oury, dans son article « Erémitisme à Marmoutier aux XIe et XIIe siècles » (BSAT 1963) assimile cette chapelle à la chapelle Saint-Nicolas. Sans vouloir rejeter cette allégation, il faut noter que la position reconnue jusqu'à ce jour pour cette chapelle ne correspond pas au lieu dont nous parlons ici (voir fig. 23). La chapelle Saint-Nicolas est placée par Charles Lelong et Élisabeth Lorans, reprenant un plan de 1782 (ADIL, H240), au nord de la levée et à l’ouest de l’abbaye, alors que nous parlons de vestiges au sud de la levée et à l’est de Marmoutier. Il ne s’agit donc pas de la chapelle Saint-Nicolas, telle qu’on la situe habituellement, à moins qu’il y ait erreur sur sa localisation. Faisons en outre remarquer aussi que la chapelle Saint-Nicolas ne fut détruite qu’après 1708 comme le prouve une décision transcrite dans le registre de délibérations des senieurs de Marmoutier qui vote sa démolition en 1708 : « située entre la levée et les murailles de l’enclos », elle est depuis longtemps en ruine et il n’y a aucune nécessité de la réparer (ADIL, H 386). Elle est représentée (non nommée) sur les cartes ADIL II.3.1.15 et II.3.1.21/6

La chapelle surnommée « Ste Mussette »
L’inventaire[12] établi le 10 décembre 1664 (ADIL, H 240) contient des informations intéressantes ; il dresse une liste de titres concernant l’île de Marmoutier pour prouver la propriété des religieux de cette abbaye. On y trouve 14 item qui nous fournissent un résumé historique des événements se rapportant à cette île : don des Seigneurs de Rochecorbon, localisation de l’île, obligation des religieux d’y construire une chapelle… en voici les items 4 et 5 retranscrits par JM Gorry :

            – Item[4] produisent la lettre de Gilbert Archevesque de Tours[13] quy inclinant à la prière et la requête de l’abbé et religieux de Marmoutier se transporta en ladite Isle pour y bénir la chapelle qu’ils avoient faict bastir suivant leur obligation[14], les fondemens de laquelle dite chapelle se veoient encore aujourd’huy, qui a été ruinée par les débordemens de la rivière de Loire, et est encore maintenant vénérée par les nautonniers quy passent sur la rivière et l’appellent « Ste Mussette »[15] pour[16] estre à présent cachée par les sables et quy sert pour faire veoir que les religieux de Marmoutier ne jouissent que d’une petitte partye de ce quy leur appartient à cause des ravages causés par ladite rivière de Loire ; et est cottée. 
            – Item [5] pour prouver qu’à cause de ladite chapelle lesdits religieux ont droict de pesche dans la rivière de Loire, produisent une enqueste faicte le 29 aoust 1455 allencontre du procureur du Roy du bailliage de Tours par les officiers des Eaux et forests ; et est cottée[17].

Cette chapelle surnommée « Ste Mussette » nous renvoie-t-elle à la lointaine donation des seigneurs de Rochecobon ? Ces fondements de chapelle aux dires des religieux du XVIIe siècle qui les ont bien connus, correspondent-ils aux vestiges que nous avons observés.

Conclusions
Ces vestiges, à ma connaissance, n’avaient jamais été signalés. Cette ignorance est probablement justifiée par leur accès délicat (il faut traverser un bras de Loire) et par leur enfouissement dans les sables de la rivière. La proximité avec une ancienne ferme peut avoir introduit quelques confusions faisant négliger l’intérêt du lieu La création de la station de pompage de la ville de Tours, les prélèvements d’alluvions sur l’île aux Vaches (fraction de l’ancienne « île de Marmoutier ») et ceux des diverses dragues installées le long du fleuve, ont abaissé le lit de la Loire et lui ont permis de dégager ces vestiges dans les dernières décennies. Un premier examen des textes anciens laisse penser que ces restes de construction correspondent à une ancienne construction, déjà en ruine en 1664 et que l’on surnommait « chapelle Ste Mussette ». Peut-être faut-il prendre le mot de chapelle au second degré. Est-elle celle promise aux seigneurs de Rochecorbon par les moines de Marmoutier ? S’agit-il vraiment des restes d’une chapelle ? La taille du site (plus de deux mille mètres carrés peut susciter d’autres interprétations
Des conclusions hâtives sont évidemment impossibles ; seules des fouilles futures permettront peut-être de nous éclairer.

Remerciements
Merci aux responsables de la SAT qui ont accepté de publier ces quelques notes dans leur bulletin. Une mention toute particulière à Jean Michel Gorry qui m’a gentiment transcrit des textes que j’avais quelques difficultés à déchiffrer, à Pierre Hamelain qui avait accepté de venir affronter avec moi les eaux de Loire ; malheureusement les conditions d’étiage ne se présentèrent pas dans la fenêtre de temps envisagée. Mais partie remise !

Remarques faites a posteriori
 Les photos réalisées sur le site on principalement été réalisées le 30 juin 2014. J'ai cherché à connaitre quel était le niveau de la Loire ce jour là. L'obtention de cette information n'est pas facile car elle n'est pas disponible sur Internet: j'aurai aimé disposer de la fluctuation de cette hauteur d'eau. Le tableau ci dessous donne un histogramme du débit de la Loire mesurée à Gien (source DREAL) . A en croire ce graphique, la Loire aurait été exceptionnellement basse lorsque j'explorais l’île aux vaches; cela permettrait d'expliquer pourquoi ces vestiges ont tendance à passer inaperçus.

débit de la Loire mesuré à Gien


Bibliographie
·         MARTÈNE Edmond (dom)  Histoire de Marmoutier publiée par l'abbé C. Chevalier, MSAT, vol. XXV, 1875.
·         DUBOIS Jacques, Archéologie Aérienne. Patrimoine de Touraine, Saint-Cyr-sur-Loire, 2003.
·         LORANS Élisabeth, Le site de l’abbaye de Marmoutier. Rapport 2009-2011
·         CHOPLIN Hélène, L’évolution et la restitution du trait de rive de la Loire au niveau de Marmoutier, mémoire de master 1 d’archéologie, 2010.
·         ADIL, H 240.
·         GRANDMAISON Charles de, « Notice sur l’abbaye de Marmoutier et la Loire », dans MSAT, IX, 1857.
·         RABORY (Dom), Histoire de Marmoutier, Paris, s.d. (1910), p. 168.


Notes


[1] La Cisse est un affluent de la rive droite qui rejoint actuellement la Loire à Vouvray, donc en aval de 5 ou 6 km par rapport à la position indiquée par Dom Martène : idée reprise par Dom Oury (BSAT, 1963).
[2] […] cappellulam ligneam jam ibi factam ad faciendum divinum servicium interim dum lapidem oratorium pararetur […] (Carré de Busserolle, t.V p. 375) : …une chapelle en bois avait déjà été construite en ce lieu pour faire le service divin et attendant qu’il fût aménagé un oratoire en pierre…(note JM Gorry)
[3] ADIL, H240.
[4] La chapelle et la fontaine Saint-Germain se situent à Rochecorbon, au bas du vallon de Saint-Georges.
[5] Une chapelle de ce nom (orthographié de diverses manières) était bâtie sur l’avant bec de la première arche de la rive nord de l’entrepont. En 1410, elle menaçait ruine ; les moines de Marmoutier, seigneurs du fief auquel appartenait la chapelle refusèrent de la réparer : ce fut le début d’un long procès qui dura jusqu’au XVIsiècle.
[6] Les deux tours dites de « justices » donnant aujourd'hui dans la rue Saint-Martin.
[7] Il s’agit du pont d’Eudes dont la construction fut décidée vers 1034, situé proche du pont de fil actuel ; ce pont est un des premiers ponts en pierres de cette ampleur. Il était composé de 23 arches, de longueurs et de conceptions différentes, avec plusieurs tronçons reliés par deux îles (d’où ponts au pluriel).
[8] Bouleaux.
[9] On trouve des textes où, sous l’appellation d’isles, sont désignés des terrains souvent inondables, bordant le fleuve. Charles de Grandmaison en défend l’idée (MSAT, 1867).
[10] Berges de sable et gravier.
[11] L’examen des vues satellite de Géoportail confirme la photo de Jacques Dubois.
[12] Ayant pris la direction des Eaux et Forêts et intendant des finances, Colbert, entreprit, dès 1661, la célèbre "réformation" des forêts du Royaume. Dans le même esprit et toujours en vue de l'ordre dans l'exploitation du Domaine, il lança aussi une grande enquête sur les îles, îlots, ponts, péages, etc., en vue de faire cesser les abus et usurpations et, bien sûr, de récupérer par l'impôt un peu d'argent sur les "terres vaines et vagues" (François Ier, entre autres rois, avait déjà entrepris cela). D'où la recherche de preuves de propriété engagée un peu partout en France sur les fleuves et rivières navigables, par des lettres patentes émises en 1664 (Note de JM Gorry).

[13] De 1118 à 1125.
[14] Dans le même inventaire, il  est précisé que les moines, suite au don des seigneurs de Rochecorbon, s’étaient engagés à y construire une chapelle.
[15] Mussette en moyen français signifie cachette (du verbe musser = cacher), parce que la chapelle se cache sous le sable.
[16] Comprendre : …parce qu’elle est maintenant cachée…
[17] L’inventaire renvoie à une pièce d’archives qui est cotée.