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jeudi 29 janvier 2015

Nouveau : la collection Histoire et Patrimoine

Dans le cadre de la publication de nos découvertes sur le patrimoine et l'histoire de Rochecorbon, j'ai décidé de lancer une collection de petits livrets : elle s'intitule simplement Histoire et Patrimoine de Rochecorbon, le rythme de parution sera semestriel et ajusté au rythme de mes découvertes.

Le premier livret vient de paraître !


Sous un format pratique, les 68 pages décrivent les débuts de la commune de Rochecorbon, son premier château-fort, son châtelain. Vous pourrez ainsi revivre l'apparition du nom de la commune qui va se faire en plusieurs étapes, (re)découvrir l'arrivée du chevalier Corbon qui nous laissera son nom, voir les premières constructions du château-fort. 

C'est une promenade moyenâgeuse du IXe au XIIIe siècle que vous propose ce premier livret.
Un deuxième tome suivra pour la période des XIVe et XVe siècles.

Redécouvrez la vraie histoire, celle qui corrige les erreurs si répandues sur internet :
- non, ce n'est pas Corbon qui a fondé la première fortification,
- non, la Lanterne ne date pas du XIe siècle,
- non, l'ancienne orthographe n'était pas Roche-Corbon avec un tiret,
- non, Vodanum (Vosnes) n'a rien à voir avec Vaudanières et n'est pas l'ancien nom de la commune,
- etc. etc.

Pédagogique, richement illustré de documents anciens et de reconstitutions, ce premier livret est disponible au Tabac-Presse de Rochecorbon où vous pourrez le découvrir dès demain vendredi 30 janvier 2015 matin. 

La présentation claire et aérée du livret.


Pour les personnes intéressées je peux envoyer par La Poste.
Prix du livret : 9 euros. Frais de port : 2 euros en lettre prioritaire. Adressez moi vos demandes : 22 rue Vaufoynard, 37210 Rochecorbon.

Bonne lecture
Claude Mettavant


Avis aux adhérents du Phare :
Faites-vous connaître lors de votre achat, un petit cadeau sera joint au livre. Offre réservée aux adhérents.


Un petit rappel :
Pour les passionnés de notre commune, rappelons qu'il existe déjà plusieurs ouvrages toujours disponibles chez notre libraire :
- Notre Dame de Rochecorbon, église du XIe siècle classée monument historique, par Jean Guillaume Guglielmini. 78 pages de belle édition pour ce livre très complet.
- Le château de la Tour, Rochecorbon, par Robert Pezzani. 142 pages abondemment illustrées retraçant l'incroyable histoire de ce château et de ses propriétaires.
- Rochecorbon, par Claude Mettavant. Editions Sutton. 128 pages présentant plus de 230 images et cartes postales de Rochecorbon au début des années 1900.


samedi 24 janvier 2015

Rochecorbon vu par Blondel en 1760

Le titre de cet article peut intriguer : de nombreux Rochecorbonnais connaissent bien ce nom de Blondel. A la tête d'une petite équipe il avait publié en 1976 un livre sur l'histoire de Rochecorbon, Essais de monographie. Ce livre reste encore aujourd'hui le seul livre complet retraçant le passé de la commune.

Mais bien avant lui, plus de 200 ans auparavant, un autre Blondel s'était intéressé à notre village ! Rien à voir entre les deux familles, seul le nom est commun, mais le hasard est bien amusant.


La commande de 1760

En 1751, Abel-François Poisson est directeur des Bâtiments du Roi. Sa carrière aurait sans nul doute été plus humble s'il n'avait eu une soeur qui venait d'accéder à la célébrité : Jeanne-Antoinette Poisson, devenue en 1745 marquise de Pompadour par la volonté du roi Louis XV. C'est elle qui fait venir son frère à la Cour : il y obtient les bonnes grâces du roi qui le nomme à la tête de la Direction générale des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures. 
En 1760, sa soeur veut acheter le domaine de Menars, près de Blois. Elle demande à son frère d'aller visiter le domaine. Celui-ci, devenu entre temps marquis de Marigny, s'inquiète en passant à Blois de l'état de son château. Revenu à Versailles il commande une étude sur ce château. Pour cela il va choisir un des plus grands professeurs d'architecture de cette époque, Jacques-François Blondel. 

Blondel va se mettre immédiatement en route pour Blois avec une équipe d'architectes et dessinateurs.

Pendant que ses employés travaillent, il va profiter de son déplacement sur les bords de Loire pour visiter d'autres sites : en amont Orléans et Chambord, en aval Amboise, Tours et Richelieu. 
Revenant de Tours, il s'arrête à Marmoutiers : 
les bâtiments des religieux sont d'une architecture assez médiocre, (...) ne montre qu'un assemblage de parties mal-entendues et désagréables à l'oeil.
première impression corrigée par la visite de ces bâtiments :
l'intérieur (...) est plus intéressant : on y remarque un dortoir assez beau, des cellules bien distribuées, une apoticairerie, un réfectoire et une salle de conversation. (...) L'église de ce monastère est le seul ouvrage remarquable par son antiquité, par son élévation, par sa grandeur et par la solidité de sa construction. Cette église est aussi précédée d'un portique ancien, d'une structure hardie.

L'abbaye de Marmoutier. Dessin de Gaignières, 1699.



Arrivée à Rochecorbon

Passant à Rochecorbon, Blondel est interloqué. Ce qu'il découvre, il va le mettre par écrit et le joindre  à son rapport adressé à son commanditaire, le marquis de Marigny. Laissons-lui exprimer sa surprise :

Au bord de la Loire, environ une lieue en deçà de la ville de Tours, je fus frappé par un spectacle qui me parut aussi singulier que pittoresque. C'est une chaîne de montagnes d'une étendue considérable, d'environ 100 pieds d'élévation (environ 30 mètres), montagnes composées de lits de pierre tendre, dont chaque banc porte 25 à 30 pouces de hauteur (environ 60 à 75 cm). Dans cette montagne, presque à pic du côté de la rivière (la Loire), sont pratiquées de habitations de différentes espèces, telles que des antres et des cavernes où demeurent des vignerons et des laboureurs, des maisons bourgeoises assez commodes, et des châteaux d'une certaine importance ; ces derniers sont même ornés de terrasses, des grands escaliers, de jardins et de toutes les commodités utiles à la vie.

Curieux, piqué par sa surprise, Blondel va visiter plus attentivement les lieux :

Etonné de ce spectacle, je désirai de voir une de ces demeures souterraines. Je me fis conduire dans celle qui me parut la plus intéressante. En effet en y entrant je fus surpris d'y trouver 5 à 6 pièces de plein pied à chaque étage, toutes pratiquées en pleines carrières et dont les assises servent de plancher pour séparer les chambres hautes d'avec les basses. J'y remarquai aussi des grandes ouvertures que l'on avait fait exprès sur le talus de la montagne, pour y construire ensuite des murs de moellons à plomb (verticaux), après avoir observé néanmoins des croisées d'une grandeur proportionnée aux pièces des appartements ; mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que la plus part de ces pièces contiennent des cheminées dont les tuyaux, percés en travers de la roche, montent jusqu'au dessus du sommet de la montagne, sur lequel s'élèvent des souches en brique, qui, entremêlées avec les arbres et les vignes qui en couvrent la surface, offrent en dehors une singularité peu commune.

A ce sujet, on pourra se plaire à lire un autre article que j'ai publié sur ce blog, le borgne Boutet, qui raconte la mésaventure d'une personne tombée en 1535 par une de ces cheminées.
Poursuivons le rapport de Blondel qui s'inquiète des conditions de vie de ces habitants :
J'eus cependant peine à concevoir comment les personnes qui habitent ces demeures sombres jouissent d'une certaine salubrité, car à l'exception des pièces qui sont du côté du parement de la montagne, toutes les doubles ou demi-doubles prises dans la profondeur de ces habitations ne sont éclairées que par des faux jours (petites fenêtres creusées dans la cloison) ; on est même obligé , pour rendre ces deuxièmes pièces plus saines, d'enfouiller assez avant dans la roche une troisième absolument sans lumière pour défendre de l'humidité celles qui servent de dépendance aux premières. Enfin dans la maison où j'entrai je remarquai un cellier de plus de 50 pieds de profondeur sur 36 de largeur (environ 15 mètres sur 10), et de 15 pieds de hauteur (environ 5 mètres), sans aucune espèce de point d'appui dans toute cette étendue. Cependant depuis plus de 60 ans rien de cette singulière structure ne s'est démenti, malgré la charge considérable des terres qui sont au dessus.

 Mais sur place, en réponse à son étonnement que ces pièce creusées résistent au temps, on va tout de même modéré son enthousiasme :
Malgré l'exemple que nous citons, il me fut cependant raconté sur les lieux qu'il y a environ 30 ans plusieurs maisons souterraines s'écroulèrent et qu'un nombre considérable d'habitants furent ensevelis sous leurs ruines, et qu'il y a environ 12 ans, près de la chapelle des 7 Dormants joignant l'église de Marmoutiers, il s'est encore écroulé quelques habitations de ce genre où il est péri plus d'un habitant.
On lira avec intérêt l'article de Pierre Chaurin sur les éboulements du coteau, publié dans le bulletin municipal de Rochecorbon en octobre 2014. Disponible sur le site de la Mairie.

Blondel conclut alors son texte :
Mais sans nous arrêter à considérer plus longtemps le dedans de ces demeures, finissons cette section par nous rappeler encore une fois son coup d'oeil extérieur, qui offre au regard une multitude infinie d'habitations subalternes confondue avec une assez grande quantité de maisons construites à neuf, mais dont les premières, la plupart sans cheminées, et dont la fumée sortie par l'ouverture de leurs portes et croisées a colorié la surface de cette montagne, dessèche les plantes et les arbres qui en sont voisins. cet ensemble pittoresque, qui forme un contraste singulier avec les façades assez régulières, les terrasses et ces jardins parés des maisons bourgeoises et du château qui, se trouvant entremêlés avec les autres que nous citons, forment un tableau piquant, digne du pinceau du célèbre Vernet.

Claude Joseph Vernet, Paysage de montagne avec tempête, 1775.

Blondel prendra ensuite quelques mois pour finaliser son rapport.
Classé par les archivistes dans les données concernant le château de Blois, sa description des habitations troglodytiques de Rochecorbon était restée discrètement enfouie. Jusqu'à aujourd'hui !

- à lire aussi sur notre blog l'article de Robert Pezzani sur Les habitations troglodytiques de Rochecorbon vues par les voyageurs.